Historique de Clément Demers fils

Le tatouage a toujours fait partie de mon univers. Dans mes souvenirs les plus lointains, il y a toujours eu ces images et ces couleurs, habillant des corps humains. Au fil des années, j’ai vu l’évolution du tatouage, la clientèle se diversifier, les perceptions changer, les modes et les tendances populariser cet art, qui était autrefois plutôt marginal.

Voici un bref aperçu de mon parcours…

Je suis né en 1955 dans la boutique roulante de tatouage de mon père, " le professeur Clément ". Plusieurs de mes frères sont aussi nés dans cette roulotte immense qui nous a servi de domicile pendant cinq années. Période durant laquelle, nous avons sillonné les routes des provinces canadiennes, nous installant temporairement près des bases d’entraînement militaire où se trouvait la clientèle de l’époque : les soldats.

En 1958, mes parents mettent fin à cette vie plutôt nomade, en s’établissant en permanence à Montréal. Ils ouvrent alors une boutique sur le boulevard St-Laurent, coin de la Gauchetière, dans le quartier appelé à l’époque, le " redlight " tout près du Vieux-Port. L’" International Tattooing Studio " était un très grand magasin et nous y vivions toute la famille dans l’arrière-boutique. Durant mon enfance, j’ai été fasciné par cet endroit dont les grands murs étaient tapissés de milliers de dessins et de vieilles photographies de corps humains entièrement couverts de tatouages. Dans la vitrine avant de la boutique, dans une cage, un impressionnant boa constrictor attirait l’attention des passants et nous captivait tout autant.

Durant ces années-là, les navires accostaient tous au port de Montréal. Le studio de tatouage se remplissait alors d’impressionnants individus, en l’occurrence des marins barbus au langage curieux et exotique. Jusqu’à tard dans la nuit, au son grinchant de la machine servant à tatouer, papa travaillait sans relâche jusqu’au dernier client. Je me souviens avoir passé d’interminables heures à l’observer graver ces étranges images dans la peau.

À l’âge de 16 ans, en 1971, je parviens à échapper aux bancs d’école en convainquant mes parents de me laisser tenter ma chance comme apprenti-tatoueur. L’" International Tattooing Studio " était l’endroit idéal pour y faire une formation solide. Après quelques années, trois de mes frères se sont joints également à l’apprentissage. C’est donc au côté de mon père que j’ai parfait mes connaissances et acquis mon expérience. À cette époque, notre boutique de tatouage était la seule à Montréal. De 1971 à 1978, j’y ai travaillé souvent près de 60 heures par semaine. Têtes de mort transpercées de poignards, aigles, serpents, panthères et cœurs fléchés ont été reproduits des centaines de fois sur le corps des militaires et des rockers, qui constituaient la clientèle émergente des années ’70.

En 1978, j’ai succombé à un fort désir de tout laisser pour aller voir le monde et me ressourcer. C’est au cours de plusieurs voyages dans les pays entourant la Méditérranée que j’ai pu découvrir de nouvelles formes de tatouage et d’autres aspects de la culture entourant cet art.

De retour au pays en 1980, je m’installe dans un autobus faisant office de maison et de boutique. Je pars ainsi à mon tour pendant plusieurs années, à travers le Canada, à la recherche de clients dans les festivals, les événements socio-culturels, les hôtels, les foires de motards, etc. Alors que la clientèle principale avait été jusqu’à ce jour masculine, voilà qu’arrive durant cette période, la mode des petits tatouages pour une clientèle féminine. La finesse des lignes devenait essentielle et par conséquent, nécessitait des techniques de piquage plus sophistiquées. C’est grâce aux conseils et secrets professionnels de mon confrère et ami Bruce Bodkin, établi sur la côte d’Abraham à Québec, que j’ai pu perfectionner et faire progresser mon travail de tatoueur. D’importants artistes de renom dans le tatouage professionnel de l’époque, tels que Don Ed Hardy et Jack Rudy, me motivaient énormément à m’inscrire dans cette renaissance artistique dans l’art du tatouage. Maintenant, ce sont les tatoueurs contemporains qui nourrissent et motivent ma démarche artistique.

Depuis 1998, ma boutique a pignon sur rue à Victoriaville ou j'y reçois des artistes venant de tout horizon et particulièrement talentueux. J'invite ces artistes à venir présenter leur travail en Amérique et à vivre une expérience nouvelle et enrichissante.

À présent, mes fenêtres sont ouvertes sur le monde et ma porte vous est grande ouverte aussi.

J'y accueille votre souhait d'illustrer votre corps à votre façon.

Venez nous rencontrer!

Bienvenue

Clément Demers